La pédagogie du confinement

Mis à jour : 12 mai 2020

En tant qu’enseignante dans l’enseignement spécialisé, et psychopédagogue/orthopédagogue de surcroît, je suis assez interpelée par les infos, remarques et publications qui circulent en ce moment concernant l’enseignement. On va mettre de côté les sempiternelles remarques sur les congés des profs, parce que je fais partie de celles et ceux qui prennent ces attaques avec beaucoup d’humour et, je dois bien l’admettre, une sorte de satisfaction personnelle à en rajouter une couche.

J’aime mon métier. Cela me semble primordial de le préciser, car beaucoup n’ont pas cette chance. Et par les temps qui courent, peut-être avez-vous eu l’occasion de vous poser des questions sur ce qui vous rendait heureux, et il est fort probable que votre boulot n’en fasse pas partie. Pour moi, c’est l’inverse. J’aime mon travail et il me manque quand je n’y suis pas. Mes élèves, surtout, me manquent cruellement. Entendons-nous bien : je suis une grande fervente des weekends et vacances scolaires bien méritées (oui, oui, j’ose !). Mais chaque année en août, je trépigne d’impatience à l’idée de retourner à l’école. Et je me réveille chaque matin avec la satisfaction de faire quelque chose que j’aime. C’est génial, non ?


Mais qui pouvait prédire ce qui se passe actuellement ? Les Simpson peut-être (référence mal choisie ?) mais pas moi. Et si c’est dramatique d’un point de vue sanitaire, ça ne doit pas l’être pour l’enseignement. Il ne tient qu’à nous de faire ressortir le positif de cette situation. Hé oui, il y a bien un côté positif, selon moi.


J’ai décidé de prendre cette situation avec beaucoup de philosophie. Il faut dire que j’ai le temps en ce moment (j’ose encore) alors… Voici ma réflexion : Nous avons ici une occasion unique d’enseigner autrement. D'où le titre que j'ai choisi de donner à mon article. Alors pourquoi s’évertuer à faire des dossiers de « surexercisation » ? Cette méthode ne fait que creuser les inégalités et peut aussi faire des dégâts. Sans vouloir être présomptueuse, enseigner est un métier et (tous) les parents ne sont pas formés pour soutenir leurs enfants dans cette tâche. Ça ne veut pas dire qu’ils vont faire n’importe quoi, loin de là. Je vois sur les réseaux sociaux que beaucoup de parents font leur maximum pour trouver des idées géniales. Mais quel pourcentage de parents ? Et puis, n’oublions pas que la plupart doit jongler entre le (télé)travail et les enfants. Je ne vais pas ressasser le sujet des inégalités sociales mais je trouve que c’est primordial d’en tenir compte.


Alors … Parents et professeurs, proposez aux enfants des activités ludiques pour lesquelles nous n’avons pas toujours le temps ou les moyens nécessaires pour s’y atteler en classe :

• Jardiner • Cuisiner • Jouer • Bricoler • Observer • Expérimenter • S’exprimer • Lire • Dessiner • Bouger • Danser • Rigoler • Se câliner • …


C’est l’occasion de leur apprendre à entretenir un jardin, planter un clou, construire une cabane, s’occuper des animaux, observer la nature, parler de ses sentiments, faire des recherches sur un sujet qui les intéresse, taper à l’ordinateur, utiliser des nouveaux programmes, lire des livres en entier, cuisiner, se repérer sur un plan, jouer à des jeux de société, passer du temps de qualité avec vos enfants, …

La liste de ce que vous pouvez leur enseigner est tellement longue… Ne sous-estimez pas les bienfaits que vous pouvez leur apporter pendant cette période compliquée. N’attendez pas des profs qu’ils vous envoient des quantités astronomiques de travail pour les occuper. Même si vous êtes en droit d’attendre d’eux un certain soutien. N’insistez pas si vos enfants n’arrivent pas au bout de tout ce travail prévu.


Et ne blâmez pas toujours ces « fainéants de profs » qui donnent ou ne donnent pas assez de travail. Ils essaient tant bien que mal de faire face à la situation en tenant compte des désidératas de tous les acteurs concernés qui ne partagent pas tous les mêmes idées et n’ont pas les mêmes objectifs (ministres, parents qui veulent du travail, parents qui ne veulent pas de travail, directions, …). Et puis, lorsque nous avons fait nos études en pédagogie, il n’y avait malheureusement aucun cours sur la manière d’enseigner en cas de fermeture exceptionnelle des écoles…


Soufflez un peu. Prenez le temps de faire les choses. Cette crise sanitaire ne nous rappelle-t-elle pas suffisamment de s’en tenir à l’essentiel ? Notre santé, nos proches, la nature qui nous a été donnée… Ce n’est pas écrit noir sur blanc dans les programmes scolaires mais ne croyez-vous pas que c’en est la finalité, le but ultime ?

Prenez soin de vous et de vos proches


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